Le party-rave: événement maudit?
Par l'Agence de presse du Québec (APQ), vendredi 8 juin 2001 à 17:46
L’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS), qui vient d’être renommée Association francophone pour le savoir, a obtenu pour son dernier congrès tenu à Sherbrooke, en mai, une couverture de presse aussi imposante que les années précédentes. Un des thèmes abordés cette année a toutefois soulevé plus de passion: le colloque sur la culture des raves.
Soucieux de comprendre ce phénomène, les participants au colloque se sont entre autres questionnés sur la notion de «recherche de l’expérience absolue» commune chez les plus ardents ravers pour conclure qu’il s’agit pour eux d’une forme de religion. Le sujet arrivait à point nommé car l’actualité rave avait fait couler beaucoup d’encre depuis le début printemps, mais mettait en lumière des aspects plus terre à terre.
Les véritables raves sont des soirées clandestines parfois tenues à l’improviste dans des lieux vastes et désaffectés (hangars, entrepôts) par des organisateurs peu soucieux de la sécurité de leurs milliers de convives et où peut circuler la drogue, notamment l’Ecstasy, et l’alcool dans l’illégalité. Mais ces véritables raves obscurs sont rares aujourd’hui au Québec. Ils ont cédé leur place à des événements plus structurés et rassurants, devenant d’éphémères discothèques-événements, qui conservent quand même un marketing original, tout en se faisant connaître d’un plus vaste public. Mais pour les autorités policières, un rave est un rave et doit faire l’objet d’une attention particulière.
À deux jours de l’événement annuel Swirl, qui devait se tenir au Stade olympique le 20 mai, les organisateurs Production 514 décidaient d’annuler la soirée en raison du refus de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec de permettre la prolongation du méga-party au-delà de 3 h du matin. Habituellement, la suspension stratégique du permis d’alcool à 3 h permet que la fête se poursuive dans une supposée sobriété jusqu’à l’heure du brunch.
Les médias avaient amené le phénomène rave à quelques reprises sur l’avant-scène quelques jours plus tôt: le 23 mai, les autorités ont procédé à la plus importante saisie de comprimés d’ecstasy de l’histoire du Canada à l’aéroport de Dorval.
Le 29 avril, la presse rapporte qu’un rave illégal de quatre jours tenu en France, sur un terrain militaire dans la Marne, a attiré 10 000 personnes. Le 12 avril, le Droit d’Ottawa annonçait que les organisateurs de soirées raves devront se procurer un permis auprès de la Ville d’Ottawa avant de festoyer sur son territoire selon une motion unanime des conseillers municipaux. Alors qu’en mars, l’étoile montante des DJ internationaux, la québécoise Barbara Bonfiglio, alias Misstress Barbara, effectuait une tournée médiatique et parlait des raves sur toutes les tribunes, le congrès américain tenait une audition très médiatisée sur les dangers de la consommation d’ecstasy, «la drogue des raves».
Jouant la carte de la collaboration, les organisateurs de raves laissent les policiers faire leur travail et acceptent d’opérer dans les limites de certaines balises pour s’assurer de ne pas voir leur événement interrompu, comme c’était le cas jadis, au moment où tout le monde commençait à s’amuser.
Là où le bât blesse, c’est que la police saisit trop souvent à son goût de la drogue lors de ces événements. Les autorités parlent donc de plus en plus de restreindre ces activités. Les amateurs craignent maintenant que s’étende la répression au point de faire disparaître leurs raves.
Selon le journal Voir, qui consacre sa une cette semaine à «La guerre contre les raves», le Service de police de la Communauté urbaine de Montréal (SPCUM) entend encadrer la tenue des raves.
«Alors que des organisateurs coupent l’eau courante pour vendre plus de bouteilles d’eau à 5 ou 6 dollars durant leur soirée, et amènent des jeunes à l’hôpital pour déshydratation, les raves ont raison d’avoir peur de perdre leur rave», a déclaré en substance un représentant du SPCUM au journal Voir.
Ceci est un lien direct sur cet article: www.agendapublic.net/index.php/2001/06/08/230-le-party-rave-evenement-maudit













